Comment nos premières relations nous construisent-elles ?

Nous avons tous été construits dans la relation. Avant même de savoir parler, marcher ou mettre des mots sur ce que nous ressentons, nous avons découvert le monde à travers les liens que nous avons noués avec les personnes qui prenaient soin de nous. Ces premières expériences ont pu être sécurisantes, encourageantes, parfois difficiles ou douloureuses. Elles ont laissé des traces.

Une blessure relationnelle n’est pas nécessairement liée à un événement spectaculaire. Elle peut naître de ce qui a manqué, de ce qui n’a pas été suffisamment reconnu, de ce que nous avons appris à faire pour être aimé, accepté ou simplement tranquille. Elle peut ensuite se manifester, des années plus tard, dans nos relations, notre manière de travailler, notre façon de nous juger ou notre difficulté à prendre soin de nous.

Parfois, nous vivons avec une fatigue, une surcharge mentale, une difficulté à poser nos limites ou une impression de ne jamais être suffisamment bien sans comprendre pourquoi.

Et si une partie de ces fonctionnements pouvait être éclairée par notre histoire relationnelle ?

La Gestalt-thérapie propose justement de ralentir pour observer ce qui se passe aujourd’hui, dans notre corps, nos émotions et nos relations, afin de retrouver davantage de choix.

Nous apprenons à être en relation avant de savoir l’expliquer

Le petit enfant dépend profondément de son environnement pour se développer.

Il découvre progressivement qu’il peut être accueilli, rassuré, regardé, entendu et soutenu. Il apprend aussi, à travers les réactions de son entourage, ce qu’il peut montrer, demander, exprimer ou retenir.

Avant de pouvoir penser consciemment : « Est-ce que je peux faire confiance ? », quelque chose s’expérimente déjà dans la relation.

Puis-je chercher du réconfort lorsque j’ai peur ?

Puis-je exprimer ma colère sans perdre le lien ?

Puis-je être triste sans avoir honte ?

Puis-je dire non ?

Puis-je être différent sans être rejeté ?

Ces expériences répétées participent à la construction de nos manières d’entrer en contact avec les autres et avec nous-mêmes.

Cela ne signifie pas que nos parents déterminent entièrement qui nous deviendrons. L’être humain se construit à travers de nombreux facteurs : son tempérament, son environnement, ses expériences, ses rencontres, sa culture et les événements de sa vie.

Mais les premières relations constituent un terrain particulièrement important.

Nous pouvons ainsi grandir avec davantage de sécurité intérieure ou, au contraire, apprendre à nous protéger en nous accrochant, en évitant, en contrôlant, en nous adaptant ou en nous coupant de certaines émotions.

blessures

L’Attachement et l’Estime de soi se construisent dans le lien

Les anciens mécanismes peuvent continuer à fonctionner à l’âge adulte

Deux dimensions me paraissent particulièrement importantes : l’attachement et l’estime de soi.

L’attachement concerne notre capacité à créer du lien, à rechercher de la proximité et à nous sentir suffisamment en sécurité dans la relation. C’est la capacité à être en relation avec soi (d’abord), avec les autres et dans le couple.

L’estime de soi concerne davantage la valeur que nous nous accordons et la manière dont nous nous percevons. C’est un enjeu de comportement et de construction de notre narcissisme, le regard que nous nous portons.

Ces deux dimensions ne sont pas séparées.

Lorsque je me sens accueilli et reconnu, il devient progressivement plus facile de sentir que j’ai une place. Lorsque je peux expérimenter que mes besoins ont une existence et que mes émotions peuvent être entendues, je peux peu à peu développer une relation plus solide avec moi-même.

À l’inverse, si je fais régulièrement l’expérience que mes besoins dérangent, que mes émotions sont trop importantes ou que mon affection dépend de ma capacité à correspondre aux attentes, je peux apprendre à m’adapter.

Plus tard, cette adaptation peut devenir tellement familière que je ne la questionne même plus.

Je travaille davantage.

Je dis oui alors que je voudrais dire non.

Je cherche à être irréprochable.

Je supporte beaucoup.

Je demande peu.

Et parfois, je finis par ne plus savoir ce dont j’ai réellement besoin.

Comment une blessure relationnelle peut-elle se manifester à l’âge adulte ?

Nous reproduisons (parfois) ce qui nous est familier

Une blessure relationnelle n’apparaît pas toujours comme une souffrance clairement identifiée.

Elle peut prendre la forme d’un fonctionnement qui semble, au départ, nous protéger.

Être extrêmement performant peut permettre de se sentir reconnu.

Tout contrôler peut donner l’impression d’être en sécurité.

Éviter les conflits peut préserver temporairement la relation.

Se rendre indispensable peut rassurer sur sa place auprès des autres.

Ne jamais demander d’aide peut protéger d’une éventuelle déception.

Le problème n’est donc pas forcément le comportement lui-même.

La question devient plutôt : quel besoin ce fonctionnement cherche-t-il à protéger ?

Dans certaines situations, ces stratégies ont pu être utiles. Elles ont permis de s’adapter à ce que nous vivions. Mais une stratégie qui nous a protégés hier peut devenir coûteuse aujourd’hui.

C’est parfois ce que l’on observe chez des personnes qui semblent réussir leur vie tout en étant profondément épuisées.

Elles avancent.

Elles assurent.

Elles prennent soin des autres.

Elles atteignent leurs objectifs.

Mais quelque chose en elles ralentit.

Le corps fatigue.

La joie diminue.

Les relations deviennent plus compliquées.

Le sens se brouille.

Et la question finit par apparaître : « Pourquoi suis-je comme ça ? »

Nos difficultés actuelles ne sont pas forcément notre identité propre

Accueillir son "faux-self" pour faire de la place à "qui je suis vraiment"

Il peut être tentant de se définir à partir de ses difficultés :

« Je suis anxieux. »

« Je suis trop sensible. »

« Je suis quelqu’un qui contrôle tout. »

« Je suis incapable de faire confiance. »

« Je manque de confiance en moi. »

Pourtant, un fonctionnement n’est pas nécessairement une identité définitive.

Il peut être compris comme une manière que nous avons développée pour nous adapter à notre environnement.

Cette distinction est importante parce qu’elle ouvre une possibilité.

Si je suis définitivement « comme ça », je ne peux qu’essayer de me corriger.

Si je comprends comment je fonctionne, je peux commencer à observer ce qui se passe.

Que suis-je en train d’éviter ?

Qu’est-ce que je cherche à obtenir ?

Qu’est-ce que je cherche à protéger ?

Quel est le coût de ce fonctionnement aujourd’hui ?

Ces questions ne servent pas à accuser le passé.

Elles permettent de retrouver de la conscience dans le présent.

Et lorsque davantage de conscience apparaît, davantage de choix peut devenir possible.

Pourquoi les blessures relationnelles peuvent-elles influencer notre vie professionnelle ?

Le travail devient parfois le lieu où nous cherchons notre valeur

Notre manière d’être au travail n’est pas séparée de notre manière d’être humain.

Un cadre peut avoir appris très tôt à être performant pour se sentir reconnu.

Un entrepreneur peut avoir du mal à ralentir parce que l’arrêt lui donne l’impression de perdre sa valeur.

Une personne hypersensible peut consacrer une énergie considérable à anticiper les réactions de ses collègues.

Un manager peut avoir besoin de tout contrôler parce que faire confiance lui paraît dangereux.

Une personne peut également accepter une surcharge permanente parce que poser une limite réactive une peur ancienne : décevoir, être rejetée, être jugée égoïste ou ne plus être appréciée.

Dans ces situations, le problème n’est pas uniquement professionnel.

Le contexte professionnel peut devenir le lieu où se rejouent certains enjeux relationnels.

C’est aussi pour cela qu’une personne peut changer d’entreprise, de poste ou de responsabilités et retrouver progressivement les mêmes difficultés.

Le décor change.

Le fonctionnement, lui, peut rester identique.

L’épuisement peut devenir un signal à écouter

Lorsque nous vivons longtemps contre nous-mêmes, notre corps finit parfois par devenir le premier endroit où quelque chose se manifeste.

Fatigue.

Tensions.

Troubles du sommeil.

Irritabilité.

Perte d’élan.

Difficulté à se concentrer.

Sensation d’être constamment sous pression.

Ces manifestations ne permettent pas, à elles seules, de conclure à une blessure relationnelle. Elles peuvent avoir de nombreuses causes et nécessitent parfois un avis médical ou psychologique adapté.

Mais elles peuvent constituer une invitation à ralentir et à regarder ce qui se passe.

Que suis-je en train de vivre ?

Qu’est-ce qui me demande autant d’énergie ?

À quel moment ai-je commencé à fonctionner ainsi ?

Est-ce que je suis encore en train de répondre à une situation actuelle ou à quelque chose que j’ai appris depuis longtemps ?

Le ralentissement permet alors de laisser émerger ce qui était couvert par l’action permanente.

C’est souvent là que commence un véritable travail de conscience.

Peut-on transformer une blessure relationnelle ?

Comprendre n’est pas accuser

En Gestalt-thérapie, regarder son histoire ne signifie pas faire le procès de ses parents.

Nos parents ont eux aussi grandi dans une époque, une famille, une culture et des relations qui ont contribué à les construire.

Ils ont pu faire de leur mieux avec leurs propres ressources.

Ils ont également pu se tromper, manquer de disponibilité, être dépassés ou reproduire leurs propres blessures.

Comprendre cela ne signifie pas nier ce qui a été vécu.

Il est possible de reconnaître :

« J’ai reçu beaucoup de choses précieuses. »

Et en même temps :

« Certaines expériences m’ont manqué ou m’ont blessé. »

Les deux peuvent être vrais.

Cette nuance est essentielle.

Elle permet de sortir d’une logique où il faudrait choisir entre idéaliser ses parents ou leur attribuer toute la responsabilité de sa vie actuelle.

À l’âge adulte, la question devient progressivement :

Que vais-je faire aujourd’hui avec ce que j’ai reçu ?

C’est là que la responsabilité peut retrouver son véritable sens.

Non pas la culpabilité.

La possibilité d’agir sur ce qui est encore vivant aujourd’hui.

La relation thérapeutique ouvre un espace nouveau

Une blessure relationnelle s’est construite dans la relation.

Il peut donc être précieux de pouvoir l’explorer à nouveau dans une relation suffisamment sécurisante, consciente et présente.

La Gestalt-thérapie s’intéresse particulièrement à ce qui se passe ici et maintenant.

Comment est-ce que je me sens face à l’autre ?

Qu’est-ce que je ressens dans mon corps ?

Est-ce que je me retiens ?

Est-ce que je cherche à plaire ?

Est-ce que je me protège ?

Est-ce que je me coupe de ce que je ressens ?

Est-ce que j’ose demander ?

Est-ce que je peux dire non ?

Le travail ne consiste pas simplement à raconter son enfance.

Il consiste à observer comment notre histoire continue éventuellement de vivre dans nos façons actuelles d’être en relation.

Une nouvelle expérience relationnelle peut alors permettre d’expérimenter autre chose.

Être entendu.

Pouvoir ralentir.

Pouvoir exprimer un désaccord.

Ne pas devoir être parfait.

Pouvoir montrer une émotion.

Découvrir qu’une relation peut survivre à une différence.

C’est dans cette expérience présente que quelque chose peut progressivement se transformer.

La Gestalt-thérapie ne cherche donc pas à effacer notre histoire.

Elle cherche à nous permettre de mieux l’habiter.

Nos blessures relationnelles ne sont pas nécessairement condamnées à rester des blessures.

Elles peuvent devenir des points de compréhension, de conscience et parfois de nouvelles ressources.

Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre.

Il s’agit peut-être de devenir davantage présent à soi.

De retrouver une boussole intérieure.

De pouvoir prendre soin de ses besoins.

Et de retrouver progressivement une capacité de choisir.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une blessure relationnelle ?

C’est une expérience vécue dans une relation qui a pu laisser une trace dans notre manière d’être avec nous-mêmes ou avec les autres. Certaines blessures sont conscientes. D’autres sont beaucoup plus discrètes.

Une blessure relationnelle n’est donc pas une étiquette. C’est plutôt une invitation à observer notre manière de fonctionner et à comprendre ce qui se joue dans nos relations aujourd’hui.

Il n’est pas toujours possible de faire un lien direct entre une difficulté actuelle et une expérience vécue dans l’enfance. En revanche, certains fonctionnements peuvent inviter à regarder cette histoire avec davantage de curiosité.

L’objectif n’est pas de trouver un coupable dans le passé. Il s’agit de mieux comprendre son fonctionnement actuel pour retrouver progressivement davantage de choix.

Oui. Une enfance n’a pas besoin d’avoir été « mauvaise » pour que certaines expériences aient laissé une trace. Nos parents peuvent nous avoir donné beaucoup d’amour, de sécurité et de soutien, tout en ayant été parfois indisponibles, maladroits, exigeants ou incapables de répondre à certains de nos besoins.

Nous pouvons avoir beaucoup reçu et avoir également manqué de certaines choses. Ces deux réalités peuvent coexister.

Ce qui devient intéressant à l’âge adulte, c’est de comprendre ce que nous avons appris dans ces relations. Cette compréhension peut permettre de regarder son histoire avec davantage de nuance et, surtout, de commencer à choisir ce que l’on souhaite continuer à porter aujourd’hui.

Oui, même si changer ne signifie pas effacer ce qui s’est passé. Nous ne pouvons pas retourner dans notre enfance pour modifier les expériences que nous avons vécues. En revanche, nous pouvons observer la manière dont ces expériences continuent éventuellement d’influencer notre vie actuelle.

La Gestalt-thérapie s’intéresse particulièrement à ce qui se passe ici et maintenant : dans le corps, dans les émotions, dans la relation. Le changement ne consiste donc pas à devenir quelqu’un d’autre.

Il peut commencer par une chose beaucoup plus simple : comprendre comment je fonctionne, découvrir ce que je cherche à protéger et retrouver progressivement la possibilité de choisir.

Elles peuvent parfois y contribuer, mais il serait trop simple d’affirmer qu’elles en sont systématiquement la cause.

Le stress, la surcharge mentale et l’épuisement peuvent avoir de nombreuses origines : contexte professionnel, conditions de vie, sommeil, santé, événements récents, relations ou accumulation de plusieurs facteurs. Cependant, notre manière de fonctionner peut influencer la façon dont nous traversons ces situations.

Une partie de la difficulté peut se trouver dans la relation que j’entretiens avec moi-même. Observer cela ne signifie pas se culpabiliser. Cela peut permettre de comprendre ce qui se joue et de retrouver progressivement une marge de liberté. Et parfois, c’est précisément là que commence le changement.

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