Pourquoi des parents en thérapie est un facteur de résilience pour son enfant ?
Être parent ne signifie pas être parfaitement disponible, parfaitement calme ou avoir toujours les bonnes réponses.
Nous sommes parfois fatigués. Débordés. Inquiets. Pris dans nos propres histoires. Certaines blessures anciennes peuvent revenir dans la relation avec notre enfant, parfois sans que nous en ayons conscience.
Alors une question peut surgir :
Et si prendre soin de soi était aussi une manière de prendre soin de son enfant ?
Lorsqu’un parent décide d’entreprendre une thérapie, il ne cherche pas nécessairement à devenir un « meilleur parent ». Il peut simplement chercher à mieux comprendre ce qui se passe en lui, à retrouver davantage de sécurité intérieure ou à sortir de certains fonctionnements répétitifs.
Et ce travail peut avoir des effets importants sur la relation avec son enfant.
Un enfant n'a pas besoin d'un parent parfait
Etre suffisamment bon
Un enfant n’a pas besoin d’un adulte qui ne ressent jamais de colère, de peur, de tristesse ou de fatigue.
Il a surtout besoin d’un adulte suffisamment présent pour pouvoir revenir à la relation.
Car la vie familiale est faite de mouvements.
Un parent peut perdre patience.
Un enfant peut se fermer.
Une dispute peut survenir.
Une émotion peut déborder.
Puis quelque chose peut se réparer.
C’est précisément là que se construit une partie de la résilience.
Les recherches sur le développement de l’enfant soulignent l’importance des relations stables, sécurisantes et réactives avec les adultes qui l’entourent. Ces relations peuvent contribuer à amortir les effets du stress et soutenir le développement de capacités d’adaptation.
La résilience n’est donc pas simplement une qualité que l’enfant posséderait « en lui ».
Elle se construit aussi dans la relation.
Que change réellement une thérapie pour un parent ?
Devenir responsable de ses réactions en tant qu'adulte
Commencer une thérapie ne signifie pas que toutes les difficultés vont disparaître.
Cela peut cependant permettre au parent de mieux reconnaître ce qui lui appartient.
Par exemple :
« Est-ce vraiment mon enfant qui me met dans cet état ? »
Ou :
« Qu’est-ce que cette situation réveille en moi ? »
Ou encore :
« Pourquoi est-ce si difficile pour moi de poser cette limite ? »
Ces questions peuvent ouvrir un espace entre ce qui se passe et la manière dont nous y répondons.
C’est souvent dans cet espace que quelque chose devient possible.
Un parent peut progressivement apprendre à reconnaître ses émotions avant qu’elles ne prennent toute la place.
À identifier ses besoins.
À poser des limites plus clairement.
À différencier ce qu’il vit aujourd’hui de ce qu’il a vécu autrefois.
À accepter qu’il puisse parfois se tromper… puis revenir vers son enfant.
La thérapie peut ainsi favoriser une plus grande conscience de soi et une meilleure disponibilité relationnelle.
Et cela compte.
Un parent en thérapie peut interrompre certaines répétitions
Il est toujours possible de choisir son chemin
Nous héritons tous d’une histoire.
Une manière d’aimer.
Une manière de communiquer.
Une manière de gérer les conflits.
Une manière de montrer ou de retenir nos émotions.
Certaines de ces expériences nous ont construits.
D’autres peuvent continuer à agir en nous alors même que nous ne souhaitons pas les transmettre.
Un parent peut alors découvrir
« Je fais exactement ce que je voulais éviter de faire. »
Ou au contraire :
« Je refuse tellement de reproduire ce que j’ai vécu que je vais parfois dans l’excès inverse. »
C’est ici que le travail thérapeutique peut devenir particulièrement intéressant.
Il ne s’agit pas de chercher un coupable dans son histoire.
Il s’agit de devenir davantage conscient de ce qui se rejoue ici et maintenant.
La résilience commence parfois par la capacité à réparer
S'accueillir comme l'on a été construit
Il existe une idée parfois pesante dans la parentalité :
« Je dois bien faire pour ne pas abîmer mon enfant. »
Cette pression peut devenir considérable.
Pourtant, une relation humaine n’est jamais parfaite.
Il y aura des maladresses.
Des incompréhensions.
Des moments où le parent sera trop fatigué pour écouter.
Des paroles qui dépasseront la pensée.
Ce qui compte alors n’est pas l’absence totale de rupture.
C’est aussi la possibilité de réparer.
Dire :
« Je suis allé trop loin. »
« Je n’ai pas bien compris ce que tu ressentais. »
« J’étais très énervé et ce n’était pas à toi de porter cela. »
« Est-ce qu’on peut en reparler ? »
Ces phrases peuvent avoir une valeur immense.
Elles montrent à l’enfant qu’une relation peut traverser une difficulté sans nécessairement se briser.
Elles lui apprennent quelque chose de fondamental :
Un conflit n’est pas forcément la fin du lien.
Prendre soin de soi n'est pas abandonner son rôle de parent
Certains parents repoussent leur propre souffrance.
« Je verrai plus tard. »
« Mes enfants ont besoin de moi. »
« Je n’ai pas le temps. »
« Ce n’est pas si grave. »
Parfois, cette volonté de tenir devient elle-même épuisante.
Or un parent n’est pas seulement un éducateur.
C’est aussi un être humain avec son histoire, son corps, ses émotions, ses limites et ses besoins.
Prendre un temps pour soi ne signifie donc pas nécessairement s’éloigner de son enfant.
Cela peut être une manière de retrouver suffisamment de ressources pour être davantage présent dans la relation.
Les travaux sur le stress et le développement montrent justement combien les relations sécurisantes avec les adultes jouent un rôle protecteur lorsque l’enfant traverse des situations difficiles.
Le parent n’a pas besoin de porter tout seul ce qui lui arrive.
Et l’enfant n’a pas besoin de porter ce qui appartient à son parent.
Et si votre travail sur vous devenait aussi un cadeau pour votre enfant ?
Il ne s’agit pas de faire une thérapie pour son enfant.
Il s’agit de faire une thérapie pour soi.
Et parfois, ce travail personnel modifie progressivement la manière dont on entre en relation avec ceux que l’on aime.
On écoute autrement.
On réagit autrement.
On pose certaines limites autrement.
On accepte davantage ses propres imperfections.
On comprend mieux certaines réactions.
On apprend parfois à dire :
« Je ne sais pas encore. »
Et cette phrase peut être profondément rassurante pour un enfant.
Parce qu’elle lui montre qu’un adulte peut ne pas tout maîtriser et continuer malgré tout à chercher, à apprendre et à avancer.
La résilience n’est pas l’absence de fragilité.
C’est aussi la capacité à traverser ce qui arrive, à chercher du soutien, à retrouver un équilibre et à continuer à construire du lien.
Se prioriser pour aussi prendre soin des autres
Un parent qui entreprend une thérapie ne garantit pas à son enfant une vie sans difficulté.
Et il ne devrait surtout pas porter cette responsabilité supplémentaire.
En revanche, lorsqu’un parent apprend à mieux comprendre ce qu’il ressent, à reconnaître ses limites, à réparer après une rupture et à être davantage disponible dans la relation, il peut contribuer à créer un environnement plus sécurisant pour son enfant.
Les recherches vont dans ce sens, particulièrement concernant les relations parent-enfant, la santé mentale parentale et la capacité des adultes à offrir un environnement stable et réactif.
Parfois, le changement ne commence pas par l’enfant.
Il commence par l’adulte qui accepte de regarder ce qui se passe en lui.
Et ce mouvement peut, peu à peu, changer quelque chose dans toute la relation.
Questions fréquentes
Est-ce que faire une thérapie signifie que je suis un mauvais parent ?
Non. Consulter peut au contraire être une démarche de responsabilité. Il ne s’agit pas d’être un parent parfait, mais de mieux comprendre ses fonctionnements et de pouvoir agir différemment lorsque cela devient nécessaire.
Est-ce que ma thérapie peut réellement avoir un effet sur mon enfant ?
Potentiellement, oui. Des recherches montrent notamment que l’amélioration de la santé mentale parentale peut être associée à de meilleures interactions parent-enfant et à certains bénéfices pour la santé mentale de l’enfant. Mais aucun effet n’est automatique ou garanti.
Dois-je attendre que mon enfant aille mal pour commencer une thérapie ?
Non. Une thérapie peut être entreprise simplement parce que vous vous sentez perdu, épuisé, débordé ou pris dans des répétitions que vous ne comprenez plus. Il n’est pas nécessaire d’attendre une crise familiale.
Est-ce que je risque de transmettre mes blessures à mon enfant ?
Nous transmettons tous quelque chose de notre histoire, mais rien ne signifie que vous êtes condamné à reproduire ce que vous avez vécu. Prendre conscience de ses fonctionnements peut justement ouvrir de nouvelles possibilités relationnelles.
Que peut apporter une thérapie à un parent ?
Elle peut notamment aider à mieux comprendre ses émotions, identifier ses besoins, poser des limites, traverser certaines blessures et retrouver davantage de disponibilité dans ses relations. Elle peut aussi permettre de regarder son histoire avec davantage de recul et de bienveillance.