La mauvaise rencontre avec le burn-out
On commence rarement une journée en se disant :
« Aujourd’hui, je vais faire un burn-out. »
Le plus souvent, quelque chose s’installe progressivement.
Vous êtes fatigué, mais vous continuez.
Vous dormez, mais vous ne récupérez plus vraiment.
Vous avez davantage de mal à vous concentrer.
Vous devenez irritable.
Vous pensez au travail en permanence.
Et parfois, vous vous surprenez à vous demander :
« Qu’est-ce qui m’arrive ? Je n’étais pourtant pas comme ça avant. »
Le burn-out n’apparaît généralement pas du jour au lendemain. Il s’inscrit dans un contexte de stress professionnel chronique, souvent associé à un investissement important dans le travail. L’Organisation mondiale de la santé le décrit comme un phénomène lié spécifiquement au contexte professionnel, caractérisé notamment par l’épuisement, une distance mentale accrue vis-à-vis du travail et une diminution du sentiment d’efficacité professionnelle.
Mais alors, comment savoir si vous êtes réellement en train de vous épuiser ?
Le burn-out ne se résume pas à être fatigué
Être fatigué après une période de travail intense est normal.
Le burn-out va plus loin.
L’INRS le décrit comme un ensemble de réactions consécutives à des situations de stress professionnel chronique. Il peut concerner différentes professions et différentes catégories de salariés.
Plusieurs dimensions peuvent progressivement apparaître :
- un épuisement physique et émotionnel ;
- une prise de distance vis-à-vis du travail, parfois accompagnée de cynisme ou d’irritabilité ;
- un sentiment de perdre son efficacité ou sa valeur professionnelle.
Le problème est que ces manifestations peuvent ressembler à beaucoup d’autres situations.
Une simple période de surcharge.
Une fatigue importante.
Une dépression.
Un trouble anxieux.
Des difficultés personnelles.
Ou plusieurs facteurs à la fois.
C’est pourquoi il est préférable de ne pas chercher à se diagnostiquer seul.
La bonne question n’est pas seulement :
« Est-ce que je fais un burn-out ? »
Mais aussi :
« Qu’est-ce qui est en train de se passer dans ma vie professionnelle et dans mon rapport à moi-même ? »
Quels sont les signes qui doivent vous alerter ?
Vous êtes épuisé et vous ne récupérez plus
Vous avez l’impression de fonctionner avec des réserves de plus en plus faibles.
Le week-end ne suffit plus.
Les vacances permettent parfois de souffler, mais la fatigue revient rapidement.
Vous avez davantage besoin de vous isoler ou de vous allonger.
Votre concentration devient plus difficile
Vous relisez plusieurs fois un même message.
Vous oubliez certaines choses.
Vous avez du mal à organiser vos priorités.
Des tâches auparavant simples deviennent étonnamment coûteuses.
L’INRS cite notamment les difficultés de concentration, le manque de disponibilité mentale et l’altération de la qualité du travail parmi les manifestations possibles.
Vous êtes devenu plus irritable
Une remarque anodine vous atteint davantage.
Vous perdez patience plus facilement.
Vous supportez moins les sollicitations.
Et parfois, cette irritabilité ne reste pas au travail.
Elle vous accompagne à la maison.
Dans votre couple.
Avec vos enfants.
Avec vos proches.
Vous prenez progressivement de la distance
Ce qui vous intéressait autrefois vous laisse indifférent.
Vous faites ce qu’il faut faire.
Mais sans véritable élan.
Vous pouvez commencer à ressentir du cynisme envers votre travail, vos collègues, vos clients ou votre hiérarchie.
Vous doutez de vous
Vous avez pourtant longtemps été compétent.
Engagé.
Fiable.
Mais quelque chose change.
Vous commencez à penser :
« Je ne suis plus capable. »
« Je n’arrive plus à faire correctement mon travail. »
« Je ne suis plus à la hauteur. »
Or ce sentiment de diminution de l’efficacité professionnelle fait partie des dimensions centrales retenues dans la définition internationale du burn-out.
Et si votre corps essayait déjà de vous parler ?
Le corps sent avant la tête
Avant même de pouvoir mettre des mots sur ce qui se passe, le corps peut parfois manifester les effets de l’épuisement.
Troubles du sommeil.
Tensions musculaires.
Maux de tête.
Fatigue généralisée.
Troubles digestifs.
Sensation d’être constamment sous pression.
Difficulté à réellement se détendre.
L’INRS recense notamment des manifestations physiques, émotionnelles, cognitives, relationnelles et comportementales dans l’épuisement professionnel.
Dans une approche Gestalt, il peut être intéressant de ne pas considérer ces manifestations uniquement comme des problèmes à faire disparaître.
Mais aussi comme des informations à écouter.
Que se passe-t-il dans votre corps lorsque vous pensez au travail ?
Que ressentez-vous le dimanche soir ?
Que se passe-t-il lorsque vous essayez de ralentir ?
Et surtout :
Qu’est-ce que vous faites pour continuer malgré ces signaux ?
Pourquoi certaines personnes continuent-elles malgré l'épuisement ?
Tenir quoi qu'il en coûte
C’est peut-être l’une des questions les plus importantes.
Parce que l’épuisement n’est pas toujours accompagné d’un arrêt immédiat.
Certaines personnes continuent précisément parce qu’elles sont très engagées.
Elles veulent bien faire.
Elles ont peur de décevoir.
Elles ont appris à tenir.
Elles se sentent responsables.
Elles ont parfois construit une grande partie de leur identité autour de leur travail.
L’INRS souligne d’ailleurs que certains facteurs individuels peuvent se combiner aux facteurs professionnels, notamment un fort investissement professionnel et l’importance accordée au travail dans l’identité personnelle. Mais l’organisme rappelle également que le burn-out est multifactoriel et que les conditions de travail et leur organisation doivent être prises en compte.
Il serait donc injuste de dire :
« Vous avez fait un burn-out parce que vous ne savez pas poser vos limites. »
La réalité est plus complexe.
Il peut y avoir votre histoire.
Votre manière de fonctionner.
Votre rapport à la réussite.
Votre environnement professionnel.
La charge de travail.
Le manque de reconnaissance.
Le manque de contrôle.
Les relations professionnelles.
Et parfois un conflit entre vos valeurs et ce que votre travail vous demande réellement.
Burn-out : quand le travail finit par prendre toute la place
Une question peut alors devenir essentielle :
Quel est le coût de ce fonctionnement aujourd’hui ?
Peut-être que vous avez réussi à maintenir vos performances.
Mais à quel prix ?
Votre sommeil ?
Votre santé ?
Votre couple ?
Votre disponibilité pour vos enfants ?
Votre capacité à ressentir du plaisir ?
Votre vie sociale ?
Votre relation à vous-même ?
Le travail peut progressivement occuper tellement d’espace que tout le reste devient secondaire.
Et lorsque vous essayez de ralentir, une autre pensée peut apparaître :
« Je ne peux pas me permettre de m’arrêter. »
C’est parfois là qu’un accompagnement devient utile.
Non pas uniquement pour apprendre à « mieux gérer son stress ».
Mais pour comprendre comment vous en êtes arrivé là.
Comment savoir s'il est temps de demander de l'aide ?
Vous n’avez pas besoin d’attendre l’effondrement.
Vous pouvez commencer à vous questionner lorsque vous constatez une évolution durable :
Je ne récupère plus comme avant.
Je n’ai plus le même plaisir à travailler.
Je suis devenu irritable.
Je pense constamment au travail.
Je me sens moins efficace.
Je ne reconnais plus vraiment la personne que je suis devenue.
Ces signes ne permettent pas à eux seuls de conclure à un burn-out.
Mais ils méritent d’être pris au sérieux.
Une évaluation médicale ou psychologique peut permettre de différencier un épuisement professionnel d’autres difficultés et d’identifier les besoins de prise en charge. Le médecin traitant et le médecin du travail peuvent notamment avoir un rôle important dans l’évaluation et l’orientation.
Retrouver un équilibre ne signifie pas forcément tout quitter
Lorsque l’on est épuisé, la tentation peut être de chercher une solution radicale.
Démissionner.
Changer de métier.
Tout recommencer.
Parfois, ces décisions sont nécessaires.
Mais parfois, avant de décider, il est utile de retrouver suffisamment de sécurité et de clarté pour pouvoir choisir.
Qu’est-ce qui m’épuise réellement ?
Qu’est-ce qui dépend de moi ?
Qu’est-ce qui appartient à mon environnement ?
Quelles limites ai-je du mal à poser ?
Qu’est-ce que je cherche à protéger en continuant ainsi ?
Et peut-être la question la plus importante :
« Qu’est-ce que j’aimerais retrouver dans ma vie professionnelle et personnelle ? »
Parce que sortir d’un épuisement ne consiste pas seulement à retrouver de l’énergie.
Cela peut aussi être l’occasion de retrouver une relation plus juste avec son travail, son corps, ses besoins et sa vie.
Le burn-out n'est pas un manque de volonté
Vous n’êtes pas faible parce que vous êtes épuisé.
Vous n’avez pas forcément mal géré votre vie.
Et vous n’avez pas à attendre de ne plus pouvoir vous lever pour considérer que quelque chose mérite d’être regardé.
Le burn-out est lié à un ensemble complexe de facteurs professionnels et individuels. Il peut concerner des personnes très investies, consciencieuses et engagées.
Parfois, le premier pas consiste simplement à reconnaître :
« Là, quelque chose ne va plus comme avant. »
Puis à accepter de ne plus porter cela seul.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre fatigue et burn-out ?
Une fatigue peut apparaître après une période intense et diminuer avec le repos. Dans le burn-out, l’épuisement s’inscrit dans un contexte de stress professionnel chronique et peut s’accompagner de distance vis-à-vis du travail et d’un sentiment de diminution de l’efficacité professionnelle.
Peut-on faire un burn-out sans être cadre ou manager ?
Oui. Le burn-out peut concerner différentes professions et catégories de salariés. Les facteurs de risque dépendent notamment de l’organisation du travail, de la charge, du contrôle, du soutien social et d’autres caractéristiques de la situation professionnelle.
Le burn-out est-il une dépression ?
Non. L’OMS classe le burn-out comme un phénomène professionnel et non comme une maladie médicale. Il se distingue notamment de la dépression par son ancrage dans le contexte professionnel, même si l’épuisement professionnel peut évoluer vers une dépression ou s’accompagner d’autres troubles.
Quand faut-il consulter ?
Lorsque la fatigue, les troubles du sommeil, les difficultés de concentration, l’irritabilité, la perte d’intérêt ou le sentiment de ne plus pouvoir faire face deviennent persistants ou s’aggravent, il est préférable d’en parler à un professionnel de santé. Il n’est pas nécessaire d’attendre l’effondrement.
Une thérapie peut-elle aider en cas de burn-out ?
Elle peut aider à comprendre ce qui se joue dans votre rapport au travail, à vos limites, à vos besoins et à vos émotions, et à retrouver progressivement davantage de clarté. Elle ne remplace toutefois pas une évaluation médicale et ne peut pas, à elle seule, modifier les conditions de travail responsables de l’épuisement.